Les anonymes dans la cour des GRANDS?*
Voilà, c’est fait: le GRAND, c’est fini jusqu’à l’année prochaine! La grand-messe de la publicité romande a ainsi accueilli plus de 900 visiteurs venant d’agences média, d’agences publicitaires, d’agences web, mais aussi quelques annonceurs, indépendants, étudiants, bref, tout le gratin s’était donné rendez-vous au BFM pour que la fête soit belle et… chaude! En premier lieu, il convient de relever le mérite du comité qui, année après année, s’engage et s’investit pour que cet événement, le seul qui soit, d’ailleurs, perdure et monte en gamme pour notre plus GRAND plaisir! Wi-Fi, animations, rencontres, petits fours et alcool à gogo, d’un point de vue de la forme, ce GRAND est une réussite. Et non, les « soucis techniques » n’y changent rien, marre que dans ce pays on critique systématiquement ce qui cloche plutôt que de se réjouir de ce qui fonctionne! Un GRAND bravo, donc à : Victoria, Pierre, Cédric, Aurélien et tous les autres militants de la manifestation sans qui nous ne nous croiserions que dans les antichambres des annonceurs, lors des concours…
Sur le fond, cependant, plusieurs points à relever: apparemment, le Jury dans son infinie sagesse, a décidé que ce GRAND devait être 2.0… voilà qui me réjouit, et je ne suis pas la seule, mais qu’entend-t-il exactement par là? Balayée, la catégorie « mobile », les inscrits étant jugés trop peu « 2.0 oriented »… (Soit dit en passant, exit également la radio: pas assez d’inscrits!! et le marketing direct: pas assez direct??) 1. Déjà, j’estime que pour ceux qui se sont donnés la peine de casser leur tirelire afin d’inscrire leurs travaux, il s’agit là d’un manque de respect absolu pour l’investissement financier consenti, n’étant stipulé nulle part un nombre d’inscriptions minimal pour l’ouverture d’une catégorie… 2. Si les applications mobiles présentées ne sont pas jugées suffisamment 2.0 par le Jury, que dire alors d’un événement qui fait du spot TV la catégorie reine en 2010??? Comme on dit chez nous: « C’est qui qui » n’est pas 2.0??!! Vous l’aurez remarquez, je m’énerve… et vous n’avez rien vu…
J’aimerais que l’on m’explique: 10 ans que je suis « dans le métier », quelques années que je me rends au GRAND et que je vois monter les mêmes profils sur scène, directeurs d’agence, directeurs de créa, éventuellement annonceurs et de temps en temps, un rédacteur ou un AD, voire, exceptionnellement, un graphiste… Ceux qui font la pub, me direz-vous? Eh bien non, justement. A l’heure du fameux 2.0 faut savoir ce qu’on se veut. Rien que pour le web, aucun développeur n’est monté sur scène. Si Hyperweek a cité au moins son nom, ce n’est de loin pas entré dans les moeurs que les « artistes-créatifs » remercient les « autistes-techniciens ». Et pourtant, quand on parle aujourd’hui de conception de site web, comment peut-on encore limiter cette définition à de la « création visuelle », sachant que la vraie plus-value du support se trouve dans son architecture, dans son codage, dans ses fonctionnalités, tout ce qui le rend visible, « référenciable », et, justement, 2.0??!! Cela reflète exactement la perception actuelle qu’ont les « communicants » de ces métiers en Suisse romande, eux qui les intègrent généralement dans le processus en fin de chaîne, leur conférant un rôle d’exécutant puisque de toute façon « ce sont des développeurs »… D’ailleurs, on ne les sort que rarement, y compris chez le client: pas assez trendy, le dév. Résultat des courses, la faisabilité passe après le sacro-saint concept créatif et les délais ne tiennent pas compte des difficultés greffées par les « créas ». Hommage spécial donc à ses « mozart du code » de l’ombre, véritables génies créatifs, capables de vous sortir de n’importe quelle situation, ne demandant jamais à être cités et n’étant généralement pas conviés non plus au GRAND: pourquoi faire, c’est pas eux les stars, hein dit!!
Enfin, une suggestion: le cinéma l’a compris depuis longtemps, lui qui récompense bien sûr les films, les acteurs et les réalisateurs, mais également les photographes, les musiciens, les scénaristes, les costumiers, les éclairagistes… tous ceux qui rendent une oeuvre possible, qui y COLLABORENT. Puisque le 2.0, c’est aussi et surtout la collaboration, l’échange et le partage de compétences, de savoirs, pourquoi nous, au GRAND, on ne récompenserait pas les gens? Freelance ou employé, créatif ou développeur, chef de projet et annonceur chacun participe au succès d’une campagne à son échelle et sans chacun de ces maillons, aucune réalisation possible. Comment? Nous avons notre référence, le comin mag et son travelling, pas besoin de ré-inventer la roue: CB News le fait depuis longtemps. A chaque travelling son jury, attribuant des points aux campagnes, aux rédacteurs, graphistes, DA, illustrateurs, etc. et aux développeurs. A chaque numéro, un rappel du classement et au GRAND, la remise des prix couronnant une année de travail dans l’ombre, sans frais d’inscription.
Vous trouvez qu’il s’agit d’une mauvaise idée, elle a au moins le mérite d’exister et n’attend que d’être challengée par les vôtres…
*cet article est dédié à Laurent, Claude, Stéphane et les autres…
Share on Facebook8 Comments to “Les anonymes dans la cour des GRANDS?*”
Leave a Reply




Un grand merci à tous ceux qui ont lu cet article! Vos réactions: remerciements, commentaires, appréciations sur FB et autres interventions démontrent que, même si des divergences existent, ce sujet en est bien un…
@raphaël: je t’ai cité en exemple puisque tu fais partie de ceux qui ont eu la correction de citer leur dév, justement
Mon commentaire ci-dessus fait suite au commentaire que @raphaelbriner avait posté ici même mais qui n’est pas passé. Pour le lire, allez sur son blog: http://raphaelbriner.com/
Salut à tous,
Je viens de lire le commentaire non encore publié de @raphaelbriner et je voudrais réagir sur la polémique qui a suivi la fête du GRAND.
La première question est de savoir pourquoi nous voulons un prix qui récompense notre travail? Très probablement, pour la grande majorité c’est d’abord une question d’ego. Pour d’autres, le moyen d’augmenter la visibilité de leur entreprise et décrocher de nouveaux mandats et finalement ceux qui s’inscrivent parce qu’ils sont fiers de leur travail.
Je ne connais que peu le monde de la pub, j’ai plongé dedans il n’y a pas si longtemps. D’ailleurs mon premier GRAND date de 2008. Je viens du monde du web, j’y travaille depuis 13 ans sans jamais m’être souciée d’attendre un prix ou une décoration. Voilà quelle est ma préocupation: l’utilisateur.
Ce qui me révolte, c’est d’entendre parler de ce clivage entre les développeurs et les créatifs, clivage qui n’existe que dans les fantasmes des publicitaires pour qui le développeur est un no life fringué comme un plouc. Voilà où est l’erreur, et Raph le soulignait justement, le créatif peut coder et le développeur est un créatif. Même si je ne code plus depuis des années, je pourrais difficilement dissocier mon travail de webdesigner de celui d’un intégrateur html et d’un développeur. Nous sommes une équipe qui doit fonctionner en symbiose. Je pense que certains n’ont jamais mis le nez dans la fabrication complète d’un site web, sinon ils ne parleraient pas des développeurs comme des autistes. Réducteur et faux. De plus, je ne pourrais jamais me passer de l’expertise d’un développeur en clientèle et ce sans avoir honte de lui. Ce sont des experts, rien que pour ça ils méritent tout notre respect.
Raph soulevait maintenant le besoin ou l’envie de monter sur scène pour la remise d’un prix. Même moi je ne serai pas à l’aise et pourtant je suis à priori dans le camp des créatifs. Pourquoi? Car comme je l’ai dit plus haut, je travaille pour des utilisateurs. Si mon utilisateur me renvoit un feedback positif, j’ai gagné. J’ai gagné le meilleur des prix, la reconnaissance de ceux qui vont faire vivre le site. Ce sentiment est partagé par les gens qui ont participé au projet. C’est une collaboration, un travail d’équipe même si peut-être un seul parle pour tous.
Arrêtons de croire que nous avons tous un ego à satisfaire. Ceux pour qui il faut à tout prix remporter un trophée se demandent pourquoi? Pourquoi en réalité ils le veulent et surtout le méritent-ils? La question est toujours de se savoir si objectivement, en dehors d’une comparaison à d’autres travaux, le vôtre est bon, voire excellent et irréprochable. Dans ce cas avez-vous besoin d’un prix pour le savoir? Pour beaucoup, c’est loin d’être le cas.
Quant un jury est amené à juger le plus objectivement possible des travaux, mais que ceux-là ne répondent pas à des pré-requis de qualité, pourquoi vouloir s’acharner à donner un prix? C’est sans intérêt.
Reconnaissons maintenant le travail accompli par l’équipe des GRANDS qui ne pourra jamais satisfaire tous ces individualismes, car chacun veut sa part de gloire. Pour moi le web c’est autre chose, nous sommes hors de l’ego, nous sommes dans la collaboration de compétences. Primer le projet, c’est primer le groupe. Et les « développeurs » (terme encore réducteur et trop vaste pour signifier quelque chose) n’ont probablement pas un ego démesuré à satisfaire comme veulent bien le croire certains publicitaires. Laissez-nous donc en dehors de vos envies et frustrations. N’essayez pas d’instrumentaliser notre travail. Si nous voulons un prix, nous serons bien à même de nous en occuper tous seuls.
Mais avez-vous besoin d’une statuette pour faire du bon boulot? Que les insatisfaits reprennent leur travail et le jugent comme ils auraient pu le juger s’ils avaient eu à le faire dans le cadre d’un jury, avec recul et objectivité. Vous risquez d’être surpris.
Aline, je vais tenter de répondre sur quelques points, basé sur mon expérience en tant qu’ancien directeur du GRAND pendant 2 ans. De plus, l’équipe GPRC a bien mérité de se reposer ce week-end. Je précise que mon point de vue n’est pas celui du comité d’organisation.
Premièrement, les jurés ont été différents à chaque volée, et surtout les jurés ont été appelés de Paris, de Zürich et de toute la Suisse romande, dans à peu près toutes les disciplines.
http://gprc.ch/jury
Ne pas reconnaître la richesse de ce jury serait insultant car chaque année, c’est un travail important, tout comme la composition des catégories, générant de très longues conversations -interminables souvent-. Pour parler de présence de graphistes, il me semble que ceux-ci ont eu une place très forte dans le jury comme sur scène sur l’ensemble des dernières éditions: Céline, Flavia, Francesca, Thomas, Evelyne, Sylvia, Nicolas, Alban, Pascal, Jérôme, Benoit, Vincent, François, Hervé, Giorgio, Thierry… Ils ont eu un énorme plaisir à juger les travaux, et ont pris connaissance de la formidable diversité des acteurs, que ce soit côté agences internationales, locales ou indépendants.
De manière générale et indépendamment du GRAND, un jury est libre de faire ce qu’il veut. De créer une catégorie spéciale, de donner un prix global ou de supprimer une catégorie.
Sans doute des clauses à ajouter ici. http://gprc.ch/reglement#jury
Remboursement partiel ? A débattre. En tout cas, c’est la première année que cela créé problème.
On notera que pour la catégorie Mobile, un travail a été exposé et reconnu. Serait-il parce qu’il n’y avait pas assez de nominables ? L’année 2011 sera sans doute plus riche en budget et donc en qualité, surtout que le web et le mobile vont tellement se confondre.
Aline, tu as mentionné le nom de mon entreprise. Premièrement mon équipe est effectivement avant tout technique, et c’est les premiers que j’ai remercié (juste après avoir remercié David pour tenir si longtemps sur scène). Je pense pas que venir à 5 sur scène soit efficient en terme de dynamique, c’est déjà tellement long (dans le cinéma, ils ne viennent pas à 200 sur la scène et pourtant !). Par contre, s’assurer de la présence dans la salle de son équipe et les remercier à sa manière http://www.hyperweek.net/news/2010/06/11/un-grand-2010-pour-hyperweek-categorie-web-plateforme/ Je vais leur demander lundi s’ils voulaient venir sur scène. Ma main à couper que j’aurai comme réponse: noway, surtout pas.
Maintenant, pour les catégories, il y en a déjà 17. C’est énooorme. Si la Suisse romande était plus … grande, le GRAND devrait être divisé en trois événements, pardon 4 ! Une soirée pour les photographes, une soirée pour le web, une soirée pour la pub et une soirée pour les graphistes. Or cette synergie est absolument unique et résolument efficiente. Plus de budget en terme de sponsors, plus de couverture média pour l’ensemble des catégories (Zentner le graphiste et DO! l’agence invités sur le plateau de « latele.ch ») et une vision 360.
Le digital s’est déjà bien développé et a droit à 4 catégories, soit 25% du GRAND. Que proposes-tu de concret ? Pourquoi ne viens-tu pas aux créatifs romands et exposer tes idées ?
Je pense pas que les développeurs se plaignent du potentiel manque d’exposition de leurs personnes dans le grand prix romand de la création. Il y a évidemment un manque de catégories si l’on voulait compléter le tableau. Un regard au webbyawards indique clairement les multiples possibilités http://www.webbyawards.com/webbys/current.php?season=14
Mais cela me parait bien impossible en l’état d’ajouter encore plus de catégories si l’on veut rester dans un format digeste, agréable soit 1h. Ou alors faut-il créer un événement dédié aux codeurs et aux différents business (best blog, best community, best corporate, best web service, best e-com) ?
Un message pour Thierryweber concernant son approche d’un éventuel jury virtuel. J’y crois pas. Un mailing list suffit à tout fausser. Et dieu sait combien les experts du digital excellent à cumuler des listes. Ce qui viendrait directement à l’encontre du nouvel artiste codeur qui sortirait de l’eracom et n’aurait que comme seul réseau ses copains de classe.
Last but not least: j’ai codé sur hyperweek et estime faire partie du team dev. :)
Merci.
Beaucoup de justesse. A mettre à l’ordre du jour de la prochaine séance comme bien d’autres choses.
@Ben, Yes no problem…
Best regards
Merci !
Hello.
I would like to put a link to your site on my blog roll if you want to do the same for mine. It would be a good way to build up both of our readerships.
thank you.